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:: Réflexions Personnelles d'Handréas ::

 
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Handréas Xerctëss
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MessagePosté le: Ven 16 Mar - 10:32 (2012)    Sujet du message: Réflexions Personnelles d'Handréas Répondre en citant

Pourquoi le temps passe-t-il si vite ?
Le temps s’accélère. À peine une seconde pour s’asseoir et il faut de nouveau courir. Mais s’agit-il d’une réalité ou d’une illusion ?

Enfant, les grandes vacances duraient toute la vie. Arrivé à l’âge adulte, voilà que les années filent comme du sable. Pourtant, le temps est immuable, le même pour tous. Alors, pourquoi cette impression ? Parce que nous sommes des êtres sensibles et subjectifs, et que le temps n’a rien de linéaire pour nous : il ne se contente pas, comme la lumière, d’aller d’un point A à un point B à vitesse constante. Il s’accélère globalement, mais, en son sein, nous percevons des durées variables : nous vivons, par exemple, conjointement, le temps biologique (notre organisme vieillit) et le temps suspendu d’un événement important. Ainsi suis je absorbée par la naissance de mon enfant, tout entière plongée dans l’instant, cependant que mon corps, lui, poursuit sa course biologique. D’où vient une telle subjectivité de notre perception de la durée ? Tout passe d’abord par le cerveau. Durant ce moment, le temps semble rétréci, suspendu. Je peux revenir à la réalité sans avoir pris conscience du temps qui vient de s’écouler. Dans ces moments-là, « le système limbique, le cerveau primitif, siège des émotions, des perceptions, de l’affectivité, se met en veille. Nous ne percevons plus le monde extérieur. Le cortex prend le pas : un filtre se met en place, laissant passer les seuls signaux vitaux ». À l’inverse, lors d’une émotion forte, le temps se bloque. Les amoureux connaissent cela par coeur. Si j’attends celui que j’aime sur le quai de la gare, les minutes n’en finissent pas de s’écouler. Dès qu’il arrive, je l’embrasse et, là, je ne suis que sensations, émotions. Je ne sens plus le temps passer. La faute, encore, au cerveau limbique, qui prend la main, déversant d’énormes quantités de neurohormones, nous « shootant » véritablement. Bien sûr, la neurobiologie ne peut suffire à décrire et à expliquer cette subjectivité du temps, mais elle permet d’en percevoir la complexité. Et, biologiquement comme philosophiquement, le seul moyen de ralentir sa course réside dans notre capacité à en prendre conscience. Qu’il s’agisse de la méditation, de la réflexion, de la psychanalyse ou de la création, se repositionner dans l’instant nous ouvre à l’éternité.

La perception que nous avons d’une accélération du temps n’est pas que subjective, c’est une réalité. Notre temps contemporain n’a plus rien à voir avec le temps des siècles passés ! Ainsi avons-nous inversé le temps d’activité : nous travaillons l’hiver et nous nous reposons l’été. Cela entraîne une adaptation, donc une augmentation du stress qui joue un rôle essentiel dans cette sensation : les hormones du stress, le cortisol et la catécholamine, indispensables pour notre survie, sont sécrétées de plus en plus souvent, provoquant le sentiment d’être dépassé, submergé, de ne plus avoir le temps. On a constaté par exemple que les traders sécrétaient des quantités phénoménales de cortisol ! Par ailleurs, l’impression d’accélération du temps augmente avec l’âge. Plus nous engrangeons de souvenirs, plus nous comparons le temps passé avec le temps futur, relativisant ainsi les durées : une année d’enfant est très longue, une année d’adulte passe très vite...

La conscience du temps se construit au cours de la croissance. L’acquisition de la langue est un reflet de cette maturation : les enfants passent du présent à l’imparfait, au plus-que-parfait, puis du futur simple au futur antérieur… et le présent se réduit. Il y a un effet de condensation du présent. Cliniquement, à l’adolescence se produit un phénomène essentiel : la déception existentielle face aux promesses de l’enfance. On ne sera jamais un chevalier ou un prince… Le temps commence à s’accélérer. Les espoirs passent définitivement du côté du passé. C’est une expérience de la mort. Plus on avance en âge, plus le passé s’alourdit, plus le présent nous précipite en avant. C’est une précipitation subjective, bien sûr, mais réelle. Le paradoxe, c’est que nous aimerions arrêter le temps. Cela se produit quand il ne se passe rien, quand nous sommes dans un état de bien-être. Nous sommes dans un état de jouissance. Or, dit-il en substance, “la jouissance suprême, c’est la mort”. La vie, la dynamique sont du côté du désir. La décélération suprême, c’est la mort...

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MessagePosté le: Ven 16 Mar - 10:32 (2012)    Sujet du message: Publicité

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Handréas Xerctëss
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MessagePosté le: Mar 27 Mar - 13:21 (2012)    Sujet du message: Réflexions Personnelles d'Handréas Répondre en citant

LE 
MASQUE DE LA MORT ROUGE 
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La Mort rouge avait pendant longtemps dépeuplé la contrée. Jamais peste ne fut si fatale, si horrible. Son avatar, c’était le sang, — la rougeur et la hideur du sang. C’étaient des douleurs aiguës, un vertige soudain, et puis un suintement abondant par les pores, et la dissolution de l’être. Des taches pourpres sur le corps, et spécialement sur le visage de la victime, la mettaient au ban de l’humanité, et lui fermaient tout secours et toute sympathie. L’invasion, le progrès, le résultat de la maladie, tout cela était l’affaire d’une demi-heure.

Mais le prince Prospero était heureux, et intrépide, et sagace. Quand ses domaines furent à moitié dépeuplés, il convoqua un millier d’amis vigoureux et allègres de cœur, choisis parmi les chevaliers et les dames de sa cour, et se fit avec eux une retraite profonde dans une de ses abbayes fortifiées. C’était un vaste et magnifique bâtiment, une création du prince, d’un goût excentrique et cependant grandiose. Un mur épais et haut lui faisait une ceinture. Ce mur avait des portes de fer. Les courtisans, une fois entrés, se servirent de fourneaux et de solides marteaux pour souder les verrous. Ils résolurent de se barricader contre les impulsions soudaines du désespoir extérieur et de fermer toute issue aux frénésies du dedans. L’abbaye fut largement approvisionnée. Grâce à ces précautions, les courtisans pouvaient jeter le défi à la contagion. Le monde extérieur s’arrangerait comme il pourrait. En attendant, c’était folie de s’affliger ou de penser. Le prince avait pourvu à tous les moyens de plaisir. Il y avait des bouffons, il y avait des improvisateurs, des danseurs, des musiciens, il y avait le beau sous toutes ses formes, il y avait le vin. En dedans, il y avait toutes ces belles choses et la sécurité. Au dehors, la Mort rouge.

Ce fut vers la fin du cinquième ou sixième mois de sa retraite, et pendant que le fléau sévissait au dehors avec le plus de rage, que le prince Prospero gratifia ses mille amis d’un bal masqué de la plus insolite magnificence.

Tableau voluptueux que cette mascarade ! Mais d’abord laissez-moi vous décrire les salles où elle a eu lieu. Il y en avait sept, — une enfilade impériale. Dans beaucoup de palais, ces séries de salons forment de longues perspectives en ligne droite, quand les battants des portes sont rabattus sur les murs de chaque côté, de sorte que le regard s’enfonce jusqu’au bout sans obstacle. Ici, le cas était fort différent, comme on pouvait s’y attendre de la part du duc et de son goût très vif pour le bizarre. Les salles étaient si irrégulièrement disposées que l’œil n’en pouvait guère embrasser plus d’une à la fois. Au bout d’un espace de vingt à trente yards, il y avait un brusque détour, et à chaque coude un nouvel aspect. À droite et à gauche, au milieu de chaque mur, une haute et étroite fenêtre gothique donnait sur un corridor fermé qui suivait les sinuosités de l’appartement. Chaque fenêtre était faite de verres colorés en harmonie avec le ton dominant dans les décorations de la salle sur laquelle elle s’ouvrait. Celle qui occupait l’extrémité orientale, par exemple, était tendue de bleu, — et les fenêtres étaient d’un bleu profond. La seconde pièce était ornée et tendue de pourpre, et les carreaux étaient pourpres. La troisième, entièrement verte, et vertes les fenêtres. La quatrième, décorée d’orange, était éclairée par une fenêtre orangée, — la cinquième, blanche, — la sixième, violette. La septième salle était rigoureusement ensevelie de tentures de velours noir qui revêtaient tout le plafond et les murs, et retombaient en lourdes nappes sur un tapis de même étoffe et de même couleur. Mais, dans cette chambre seulement, la couleur des fenêtres ne correspondait pas à la décoration. Les carreaux étaient écarlates, — d’une couleur intense de sang.

Or, dans aucune des sept salles, à travers les ornements d’or éparpillés à profusion çà et là ou suspendus aux lambris, on ne voyait de lampe ni de candélabre. Ni lampes ni bougies ; aucune lumière de cette sorte dans cette longue suite de pièces. Mais, dans les corridors qui leur servaient de ceinture, juste en face de chaque fenêtre, se dressait un énorme trépied, avec un brasier éclatant, qui projetait ses rayons à travers les carreaux de couleur et illuminait la salle d’une manière éblouissante. Ainsi se produisait une multitude d’aspects chatoyants et fantastiques. Mais, dans la chambre de l’ouest, la chambre noire, la lumière du brasier qui ruisselait sous les tentures noires à travers les carreaux sanglants était épouvantablement sinistre, et donnait aux physionomies des imprudents qui y entraient un aspect tellement étrange, que bien peu de danseurs se sentaient le courage de mettre les pieds dans son enceinte magique.

C’était aussi dans cette salle que s’élevait, contre le mur de l’ouest, une gigantesque horloge d’ébène. Son pendule se balançait avec un tic-tac sourd, lourd, monotone ; et, quand l’aiguille des minutes avait fait le circuit du cadran et que l’heure allait sonner, il s’élevait des poumons d’airain de la machine un son clair, éclatant, profond et excessivement musical, mais d’une note si particulière et d’une énergie telle, que, d’heure en heure, les musiciens de l’orchestre étaient contraints d’interrompre un instant leurs accords pour écouter la musique de l’heure ; les valseurs alors cessaient forcément leurs évolutions ; un trouble momentané courait dans toute la joyeuse compagnie ; et, tant que vibrait le carillon, on remarquait que les plus fous devenaient pâles, et que les plus âgés et les plus rassis passaient leurs mains sur leurs fronts, comme dans une méditation ou une rêverie délirante. Mais, quand l’écho s’était tout à fait évanoui, une légère hilarité circulait par toute l’assemblée ; les musiciens s’entre-regardaient et souriaient de leurs nerfs et de leur folie, et se juraient tout bas, les uns aux autres, que la prochaine sonnerie ne produirait pas en eux la même émotion ; et puis, après la fuite des soixante minutes qui comprennent les trois mille six cents secondes de l’heure disparue, arrivait une nouvelle sonnerie de la fatale horloge, et c’étaient le même trouble, le même frisson, les mêmes rêveries.

Mais, en dépit de tout cela, c’était une joyeuse et magnifique orgie. Le goût du duc était tout particulier. Il avait un œil sûr à l’endroit des couleurs et des effets. Il méprisait le décorum de la mode. Ses plans étaient téméraires et sauvages, et ses conceptions brillaient d’une splendeur barbare. Il y a des gens qui l’auraient jugé fou. Ses courtisans sentaient bien qu’il ne l’était pas. Mais il fallait l’entendre, le voir, le toucher, pour être sûr qu’il ne l’était pas.

Il avait, à l’occasion de cette grande fête, présidé en grande partie à la décoration mobilière des sept salons, et c’était son goût personnel qui avait commandé le style des travestissements. À coup sûr, c’étaient des conceptions grotesques. C’était éblouissant, étincelant : il y avait du piquant et du fantastique, — beaucoup de ce qu’on a vu depuis dans Hernani. Il y avait des figures vraiment grotesques, absurdement équipées, incongrûment bâties ; des fantaisies monstrueuses comme la folie ; il y avait du beau, du licencieux, du bizarre en quantité, tant soit peu de terrible, et du dégoûtant à foison. Bref, c’était comme une multitude de rêves qui se pavanaient çà et là dans les sept salons. Et ces rêves se contorsionnaient en tout sens, prenant la couleur des chambres ; et l’on eût dit qu’ils exécutaient la musique avec leurs pieds, et que les airs étranges de l’orchestre étaient l’écho de leur pas.

Et, de temps en temps, on entend sonner l’horloge d’ébène dans la salle de velours. Et alors, pour un moment, tout s’arrête, tout se tait, excepté la voix de l’horloge. Les rêves sont glacés, paralysés dans leurs postures. Mais les échos de la sonnerie s’évanouissent, — ils n’ont duré qu’un instant, — et à peine ont-ils fui, qu’une hilarité légère et mal contenue circule partout. Et la musique s’enfle de nouveau, et les rêves revivent, et ils se tordent çà et là plus joyeusement que jamais, reflétant la couleur des fenêtres à travers lesquelles ruisselle le rayonnement des trépieds. Mais dans la chambre qui est là-bas tout à l’ouest aucun masque n’ose maintenant s’aventurer ; car la nuit avance, et une lumière plus rouge afflue à travers les carreaux couleur de sang, et la noirceur des draperies funèbres est effrayante ; et à l’étourdi qui met le pied sur le tapis funèbre l’horloge d’ébène envoie un carillon plus lourd, plus solennellement énergique que celui qui frappe les oreilles des masques tourbillonnant dans l’insouciance lointaine des autres salles.

Quant à ces pièces-là, elles fourmillent de monde, et le cœur de la vie y battait fiévreusement. Et la tête tourbillonnait toujours, lorsque s’éleva enfin le son de minuit de l’horloge. Alors, comme je l’ai dit, la musique s’arrêta ; le tournoiement des valseurs fut suspendu ; il se fit partout, comme naguère, une anxieuse immobilité. Mais le timbre de l’horloge avait cette fois douze coups à sonner ; aussi il se peut bien que plus de pensée se soit glissée dans les méditations de ceux qui pensaient parmi cette foule festoyante. Et ce fut peut-être aussi pour cela que plusieurs personnes parmi cette foule, avant que les derniers échos du dernier coup fussent noyés dans le silence, avaient eu le temps de s’apercevoir de la présence d’un masque qui jusque-là n’avait aucunement attiré l’attention. Et, la nouvelle de cette intrusion s’étant répandue en un chuchotement à la ronde, il s’éleva de toute l’assemblée un bourdonnement, un murmure significatif d’étonnement et de désapprobation, — puis, finalement, de terreur, d’horreur et de dégoût.

Dans une réunion de fantômes telle que je l’ai décrite, il fallait sans doute une apparition bien extraordinaire pour causer une telle sensation. La licence carnavalesque de cette nuit était, il est vrai, à peu près illimitée ; mais le personnage en question avait dépassé l’extravagance d’un Hérode, et franchi les bornes — cependant complaisantes — du décorum imposé par le prince. Il y a dans les cœurs des plus insouciants des cordes qui ne se laissent pas toucher sans émotion. Même chez les plus dépravés, chez ceux pour qui la vie et la mort sont également un jeu, il y a des choses avec lesquelles on ne peut pas jouer. Toute l’assemblée parut alors sentir profondément le mauvais goût et l’inconvenance de la conduite et du costume de l’étranger. Le personnage était grand et décharné, et enveloppé d’un suaire de la tête aux pieds. Le masque qui cachait le visage représentait si bien la physionomie d’un cadavre raidi, que l’analyse la plus minutieuse aurait difficilement découvert l’artifice. Et cependant, tous ces fous joyeux auraient peut-être supporté, sinon approuvé, cette laide plaisanterie. Mais le masque avait été jusqu’à adopter le type de la Mort rouge. Son vêtement était barbouillé de sang, — et son large front, ainsi que tous les traits de sa face, étaient aspergés de l’épouvantable écarlate.

Quand les yeux du prince Prospero tombèrent sur cette figure de spectre, — qui, d’un mouvement lent, solennel, emphatique, comme pour mieux soutenir son rôle, se promenait çà et là à travers les danseurs, — on le vit d’abord convulsé par un violent frisson de terreur ou de dégoût ; mais une seconde après, son front s’empourpra de rage.


« Qui ose, demanda-t-il, d’une voix enrouée, aux courtisans debout près de lui, qui ose nous insulter par cette ironie blasphématoire ? Emparez-vous de lui, et démasquez-le, que nous sachions qui nous aurons à pendre aux créneaux, au lever du soleil. »

C’était dans la chambre de l’est ou chambre bleue, que se trouvait le prince Prospero, quand il prononça ces paroles. Elles retentirent fortement et clairement à travers les sept salons, — car le prince était un homme impétueux et robuste, et la musique s’était tue à un signe de sa main.

C’était dans la chambre bleue que se tenait le prince, avec un groupe de pâles courtisans à ses côtés. D’abord, pendant qu’il parlait, il y eut parmi le groupe un léger mouvement en avant dans la direction de l’intrus, qui fut un instant presque à leur portée, et qui maintenant, d’un pas délibéré et majestueux, se rapprochait de plus en plus du prince. Mais, par suite d’une certaine terreur indéfinissable que l’audace insensée du masque avait inspirée à toute la société, il ne se trouva personne pour lui mettre la main dessus ; si bien que, ne trouvant aucun obstacle, il passa à deux pas de la personne du prince ; et, pendant que l’immense assemblée, comme obéissant à un seul mouvement, reculait du centre de la salle vers les murs, il continua sa route sans interruption, de ce même pas solennel et mesuré qui l’avait tout d’abord caractérisé, de la chambre bleue à la chambre pourpre, — de la chambre pourpre à la chambre verte, — de la verte à l’orange, — de celle-ci à la blanche, — et de celle-là à la violette, avant qu’on eût fait un mouvement décisif pour l’arrêter.

Ce fut alors, toutefois, que le prince Prospero, exaspéré par la rage et la honte de sa lâcheté d’une minute, s’élança précipitamment à travers les six chambres, où nul ne le suivit ; car une terreur mortelle s’était emparée de tout le monde. Il brandissait un poignard nu, et s’était approché impétueusement à une distance de trois ou quatre pieds du fantôme qui battait en retraite, quand ce dernier, arrivé à l’extrémité de la salle de velours, se retourna brusquement et fit face à celui qui le poursuivait. Un cri aigu partit, — et le poignard glissa avec un éclair sur le tapis funèbre où le prince Prospero tombait mort une seconde après.

Alors, invoquant le courage violent du désespoir, une foule de masques se précipita à la fois dans la chambre noire ; et, saisissant l’inconnu, qui se tenait, comme une grande statue, droit et immobile dans l’ombre de l’horloge d’ébène, ils se sentirent suffoqués par une terreur sans nom, en voyant que sous le linceul et le masque cadavéreux, qu’ils avaient empoigné avec une si violente énergie, ne logeait aucune forme palpable.

On reconnut alors la présence de la Mort rouge. Elle était venue comme un voleur de nuit. Et tous les convives tombèrent un à un dans les salles de l’orgie inondées d’une rosée sanglante, et chacun mourut dans la posture désespérée de sa chute.

Et la vie de l’horloge d’ébène disparut avec celle du dernier de ces êtres joyeux. Et les flammes des trépieds expirèrent. Et les ténèbres, et la ruine, et la Mort rouge, établirent sur toutes choses leur empire illimité.


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Handréas Xerctëss
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MessagePosté le: Mer 2 Mai - 19:49 (2012)    Sujet du message: Réflexions Personnelles d'Handréas Répondre en citant

Le masque du pouvoir

Faire partie des vaincus a au moins un avantage. On n'y trouve pas ces accomodants et ces intrigants qui foisonnent dans les parages des vainqueurs, et rarement cette fièvre de paraître qui est une maladie mortelle pour l'être humain. Par nécessité, les hommes et les femmes que l'Histoire a reniés sont souvent obligés de se tenir à la pointe d'eux-mêmes.

La petite notoriété que m'ont value les conférences et les livres m'a permis d'approcher quelques puissants de ce monde. J'ai le plus souvent accepté leur table et parfois leur conversation. (...) Après avoir subi durant vingt ans les conséquences de leurs actes, j'étais curieux de connaître l'autre côté du miroir. J'imaginais déjà les affres de la décision, lorsque la vie vous place au coeur de l'Histoire...

La déception a été à la mesure de mon attente. Ils m'ont semblé assez ordinaires et pour la plupart infatués d'eux-mêmes. J'ai souvent constaté ce phénomène étrange, presque physique. Plus un être s'élève dans l'échelon du pouvoir, surtout lorsque la renommée s'en mêle, plus la satisfaction de lui-même tend à obscurcir son jugement. La médiatisation est une des plaies de notre époque. Sous la lumière, l'être humain se gonfle et s'épanouit. Il se nourrit du regard d'autrui plus que de lui-même. Le masque du pouvoir est sans doute le plus flatteur. Il est sûrement le plus trompeur.

Je me rappelle l'un de nos grands hommes d'Etat. Je tairai son nom parce que le sens de ce récit dépasse sa personne. Son directeur de cabinet m'avait transmis une invitation dans un grand restaurant. J'essayais d'imaginer ce qui pouvait motiver son désir de perdre deux heures en la compagnie d'un soldat perdu. Comme je ne trouvais aucune raison valable, j'ai accepté. Ma lointaine appartenance aux services secrets de l'armée allait-elle me valoir une mission délicate? Je me voyais déjà reprendre du service.

Je l'ai retrouvé autour d'un déjeuner somptueux. Nous étions seuls. Mon hôte affectait une politesse appuyée, mais factice, trop fleurie pour être sincère. Il ignorait la véritable politesse, qui vient du coeur et s'intéresse à autrui. Je me suis rapidement tu. J'attendais qu'il aborde le sujet d'importance, encore mystérieux, qui justifiait son invitation.

J'ai mis de longues minutes à comprendre que l'objet de notre repas, c'était lui. Pendant deux heures, l'homme d'Etat ne m'a parlé que de ce qu'il avait pensé, de ce qu'il avait dit, de ce qu'il avait fait, sur des sujets à propos desquels je n'avais pas la moindre compétence. Il avait tout compris, tout prévu, tout su. La vérité l'habitait, et son autosatisfaction était telle qu'il cherchait, ce jour-là, un nouveau miroir pour contempler sa puissance. J'étais convoqué dans le rôle du courtisan qu'on appelle à la table du roi.

J'hésitai entre l'amusement et l'effroi. La presse vantait chaque matin le désintéressement de cet homme d'Etat et son dévouement au bien public. Pendant plusieurs années, il avait eu le pouvoir d'envoyer des soldats à la mort, d'approuver des actions clandestines, de signer des accords nucléaires ou monétaires engageant notre pays pour des décennies encore. Un vertige me saisissait en imaginant que, pendant un demi-siècle, des centaines de milliers d'hommes et de femmes étaient morts, pendant que s'étaient succédé au pouvoir une myriade de dirigeants à son image, aveuglés par eux-mêmes.

En deux heures, je n'ai pas prononcé plus de trois phrases. J'ai émis quelques soupirs, qui n'ont pas troublé mon hôte. Il a signé la note du restaurant avec un authentique sourire de contentement. (...)

La soif de paraître est une passion terrible qui détruit l'humanité dans l'homme. Elle est insatiable. Elle assèche la source intérieure. Vouloir s'extraire de la condition humaine est un leurre et un vertige... Je préfère ceux qui cherchent à s'élever, ce qui est tout autre chose. Leur chemin intérieur passe par la patience et le dénuement.

Si je dois rendre grâce d'une seule chose à la vie rude qui fut la mienne, c'est de m'avoir appris à considérer les hommes, quels qu'ils soient, sur le même plan. Sous l'écorce de l'apparence, on trouve un rien, une poussière, un grain de sable qui concentre tout l'humain.

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MessagePosté le: Lun 22 Avr - 21:54 (2013)    Sujet du message: Réflexions Personnelles d'Handréas Répondre en citant

L'Homme-Masque

Le droit de la personne et du corps pourrait être nommé le droit des masques. Persona, à Rome, c'est le masque de théâtre de l’acteur, et le rôle joué par lui, qui devait parler avec éclat (sonare), c’est-à-dire à la fois le signe et l’action représentée. La modernité a révisé cette étymologie, sous la double influence (souvent contraire) du christianisme et du rationalisme, exprimant l’un et l’autre la croyance en une nature singulière de la personne, divine ou rationnelle. D’abord, le droit du corps protège le corps car il porte la trace de la personne, comme l’homme porte la trace de Dieu. Les droits de l’homme font ainsi de la dignité, à l’imitation de la théologie catholique, la catégorie qui permet de protéger le corps : l’euthanasie est interdite, l’avortement est une exception. Ensuite seulement, sous l’influence du rationalisme, le droit fait du corps une liberté du sujet qui peut donc presque tout : admissibilité d’une reproduction assistée, dons d’organes… Cette toute-puissance de l’individu exprime la croyance en l’Homme-Dieu. Un retour à l’origine étymologique romaine où le masque n’était qu’un signe, est-il aujourd’hui pensable ? À l’image des Masques Bambara ou des masques Grecs de Dionysos, la personne, et le corps ne seraient alors que des récits créant un monde de signification qui institue le sujet. L’humanité serait alors ce récit : il n’y aurait « personne » derrière le masque.

Le masque est à la fois l’apparence du visage de l’homme, et l’origine de la personne juridique. Très singulier est le rapport entre le masque et celui qui le porte, parfois dissimulant, parfois révélant, et toujours lui permettant d’agir. Le masque est le lien entre ce corps qu’il dissimule et la personne qu’il représente. À Rome, étymologiquement, le sens premier de persona est le masque de théâtre de l’acteur, et le rôle joué par lui, qui devait parler avec éclat (sonare), c’est-à-dire à la fois le signe et l’action représentée. Puis, la personne désigna le rôle, la parole des parties dans un procès, qu’il soit demandeur (persona actoris) ou défendeur (persona rei). Par extension, persona est l’homme, mais seulement tel qu’il se présente dans la vie juridique, remplissant les différentes paroles ou les différents rôles que l’ordre juridique peut lui attribuer : rôle de père ou de fils de famille, d’esclave, d’affranchi. La persona n’est donc qu’un moyen technique de localisation et d’imputation des droits et des obligations. Et surtout, la persona n’est pas synonyme d’être humain, et n’a pas de rapport avec l’être concret, ni avec le corps. Persona et personne concrète ne coïncident donc pas nécessairement. Ainsi de l’esclave, qui peut être persona, bien qu’il ne soit pas pleinement capable, lorsqu’il exerce une fonction qui le met en relation avec le système juridique, et res lorsqu’il est objet d’un contentieux. Quant au corps, il est nécessairement une res, la persona n’étant qu’un artéfact, une technique d’imputation. Corpus désigne d’ailleurs étymologiquement l’élément matériel des choses. Et la question de savoir si le corps est une chose n’est pas très pertinente dans le droit romain où les personnes elles-mêmes peuvent être considérées comme des res, où l’homme libre peut se vendre, et où le pater peut vendre ses enfants. La res est alors en son étymologie seulement le point discuté, la chose débattue, l’objet du procès, qui peut être une personne ou une chose. Dans cet univers, pas d’homme, pas de personne humaine, pas de sujet concret, d’individu, de droit subjectif, de sujet… Le droit romain se présente comme une technique, un ars, où les catégories techniques sont posées sans référence à un être humain individuel. L’homme, au sens d’individu n’existe pas en tant que tel mais est inséré dans des groupes, dans des status, qui font de lui le membre d’une famille, d’une cité, ou de la communauté des hommes libres. Ainsi, dans le droit romain, « le droit n’est pas l’attribut de l’individu, isolément considéré, mais une quantité délimitée de prérogatives et de charges. » Cette conception de la personne et du corps est objectiviste, liée à l’autorité du système juridique, abstraite, non idéaliste, autonome par rapport à l’être humain. Et l’Ancien Droit recevra cette conception technique de la personne, « l’état des personnes » désignant alors ces règles relatives à la capacité juridique, c’est-à-dire l’ensemble des status, l’ensemble des qualités. La personne n’est alors qu’un procédé métaphorique, un transfert de sens...

"C’est l’éclatement du visage de l’homme dans le rire, et le retour des masques."

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